Coin Street loge ses riverains
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Sur la rive sud de la Tamise, entre les ponts de Waterloo et de Blackfriars, des habitants ont fait échouer un projet de bureaux et du plus haut hôtel d’Europe, annoncé en 1977. En 1984, leur entreprise sociale rachète le site pour un million de livres. Elle y a bâti 220 logements coopératifs, financés par les loyers de ses commerces, dont ceux de l’Oxo Tower.


Au début des années 1970, Waterloo s’est vidé. Les bureaux ont remplacé les logements, la population résidente est tombée de 50 000 à 4 500 personnes, écoles et commerces ont fermé. En 1977, un projet prévoit sur la rive le plus haut hôtel d’Europe et plus d’un million de pieds carrés de bureaux. Des habitants fondent le Coin Street Action Group et dessinent leur propre plan : des logements, un parc, une promenade au bord de l’eau.
Suivent sept ans de campagne et deux enquêtes publiques. En 1981, le Greater London Council change de camp. En 1984, Coin Street Community Builders, société sans actionnaires dont les membres doivent habiter le quartier, lui achète les 13 acres pour un million de livres empruntées. Jusqu’en 1988, elle démolit les bâtiments à l’abandon, ouvre la promenade et crée les Bernie Spain Gardens, du nom d’une militante du groupe morte en 1984.
Les logements suivent, en coopératives : Mulberry en 1988, Palm en 1994, Redwood en 1995, Iroko en 2001. Chacune appartient à ses locataires, sans droit d’achat individuel ; un membre égale une voix, et la coopérative fixe les loyers et attribue les logements. La moitié des logements libérés à Palm, Redwood et Iroko revient à des ménages proposés par les mairies de Lambeth et de Southwark.


Le modèle tient dans l’Oxo Tower, une ancienne centrale électrique rachetée à la fin des années 1920 par le fabricant du bouillon Oxo, dont les fenêtres dessinent le nom pour contourner l’interdiction de la publicité sur le ciel de Londres. Rénové pour 20 millions de livres, il rouvre en 1996 avec des ateliers de créateurs et un restaurant sur le toit, au-dessus des 78 appartements de Redwood. Plus des trois quarts des recettes de Coin Street viennent de ces loyers et des locations de salles ; ils paient la crèche, le centre familial et les jardins.
Le modèle a ses limites. Gabriel’s Wharf, rangée de boutiques ouverte en 1988 dans des garages préfabriqués, a fermé le 27 septembre 2026, ses unités étant arrivées en fin de vie. Sur Doon Street, une tour de logements à vendre doit financer une piscine publique : le permis de 2008 a été contesté jusque devant la Cour suprême. Iain Tuckett, qui a longtemps dirigé l’organisation, passe la main cet automne : « Nous avons montré ce qui devient possible quand les habitants peuvent façonner les lieux où ils vivent et travaillent. »
Coin Street propose des visites guidées gratuites de son quartier, d’environ 75 minutes, pour des groupes de 5 à 15 personnes, sur demande. Elle suggère aux entreprises un don de 20 livres par personne. Le quartier est à cinq minutes à pied de la gare de Waterloo.
Coin Street Community Builders possède un site de 13 acres (environ 5,3 hectares), acheté un million de livres en 1984 grâce à des prêts aujourd’hui remboursés. Ses quatre coopératives comptent 220 logements à loyer social, qui abritaient plus de 1 000 personnes en 2019. Sur l’exercice clos en mars 2018, l’organisation a gagné 11,06 millions de livres, dont plus des trois quarts en activités commerciales ; 41 % de ses dépenses vont aux services et espaces publics, 17 % aux coopératives. Environ 1 000 personnes travaillent dans plus de 60 entreprises installées sur le site, dont une trentaine d’ateliers de créateurs à l’Oxo Tower Wharf.
Photos : Tom Page, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0 : 1) ; Ralf Steinberger, Wikimedia Commons (CC BY 2.0 : 2) ; The wub, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0 : 3) ; Reading Tom, Wikimedia Commons (CC BY 2.0 : 4) ; Rainer Halama, Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0 : 5).
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