Sonnentor achète en direct à ses paysans
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Dans le Waldviertel, une région de Basse-Autriche que ses habitants quittent, Johannes Gutmann a lancé en 1988 une maison de tisanes et d’épices bio avec trois familles paysannes. Sonnentor emploie aujourd’hui environ 600 personnes, vend dans une soixantaine de pays et achète les deux tiers de ses matières premières en direct, sans intermédiaire.


En 1988, Johannes Gutmann a une vingtaine d’années, aucun emploi et un plan d’affaires tenant sur une page. Il veut vendre sous sa propre marque les plantes aromatiques des fermes bio du Waldviertel, au nord de la Basse-Autriche. Trois familles, les Bauer, les Kainz et les Zach, acceptent de cultiver pour lui. Chez les Bauer, raconte l’entreprise, le choix du bio vaut d’abord des moqueries au village. En 1992, Gutmann rachète la ferme du numéro 10 de Sprögnitz, un hameau d’une centaine d’âmes : elle est toujours le siège de Sonnentor.
Le modèle tient en une règle : acheter à ceux qui cultivent. Environ 70 producteurs autrichiens et 10 allemands travaillent sous contrat pour Sonnentor, sur quelque 430 hectares, avec 25 fermes tchèques et des projets en Roumanie, en Albanie, au Nicaragua et en Tanzanie. Au total, selon l’entreprise, un millier d’agriculteurs bio en tirent tout ou partie de leur revenu. Les deux tiers des matières premières sont achetés en direct, à des prix négociés sans intermédiaire. Sonnentor a choisi de se passer du label Fairtrade pour vérifier elle-même, sur place, que l’argent arrive aux familles.
Le Waldviertel perd ses habitants, ses fermes et ses entreprises ; Sonnentor y a créé l’essentiel de ses emplois. Sur environ 600 salariés, 310 travaillent à Sprögnitz. La production est passée à la semaine de quatre jours, le déjeuner bio est offert et une crèche d’entreprise accueille les enfants de 1 à 6 ans. Le capital appartient à 93 % à Johannes Gutmann et à 7 % à Edith Gutmann, sans investisseur extérieur, avec un taux de fonds propres d’environ 80 %.


En 2011, Gutmann cherche comment rendre compte de ses engagements. Les rapports de développement durable se multiplient, et un grand groupe pétrolier vient d’être primé pour le sien. « Nous ne voulons plus nous mesurer à de tels critères. Là, le papier vaut plus que le contenu », tranche-t-il. Sonnentor publie alors son premier bilan de l’économie du bien commun, une grille qui passe en revue, tous les deux ans, l’ensemble de l’entreprise. Le dernier couvre les exercices 2023-2024 et 2024-2025.
Le même chiffrage vaut pour le climat. Les émissions du site de Sprögnitz ont baissé de 43 % depuis l’exercice 2020-2021, et un quart de l’électricité vient des panneaux solaires de l’entreprise. Objectif : plus aucune émission d’origine fossile à Sprögnitz au 1er avril 2028, puis sur tous les sites en 2030. 90 % des emballages peuvent rejoindre une filière de recyclage.
Pour une équipe, la rencontre commence dans les halles où les plantes sont triées, mélangées et ensachées. Sonnentor organise toute l’année, sur rendez-vous, des visites de groupe d’environ 70 minutes avec film et dégustation, sert des menus de groupe dans son auberge bio, la Leibspeis’, et propose des séminaires sur l’économie alternative et la durabilité. Zwettl, où l’entreprise loue des appartements dans une maison médiévale restaurée, est à un quart d’heure.

Fondée en 1988 avec trois fermes, Sonnentor travaille aujourd’hui avec environ 1 000 agriculteurs bio dans le monde, dont environ 80 en Autriche et en Allemagne sur 430 hectares. 66 % de ses matières premières sont achetées en direct et un tiers vient d’Autriche. L’entreprise a réalisé environ 67,5 millions d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice 2025-2026, emploie environ 600 personnes, dont 310 à Sprögnitz, et vend quelque 900 produits dans une soixantaine de pays. Les émissions de son site principal ont baissé de 43 % depuis 2020-2021, et 90 % de ses emballages peuvent être recyclés.
Photos via Wikimedia Commons : Naturpuur (CC BY-SA 4.0, CC BY 4.0 : 1 2 3 4 5).
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