Des sacs-poubelle à 70 km/h sous la ville

Hammarby Sjöstad confie son écoquartier à ses habitants

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LIEU(x)
Stockholm, Suède
auteur
Rédaction in:Expeditions

En 1996, Stockholm décide de bâtir au sud de la ville, sur d’anciens terrains industriels, un quartier « deux fois meilleur » pour l’environnement que ceux du début des années 1990. Trente ans plus tard, environ 21 000 personnes vivent à Hammarby Sjöstad, et ce sont désormais ses habitants qui poussent sa transition.

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La passerelle de Lugnets allé au-dessus du canal de Sickla.Le bac Lisen, aux couleurs d’Hammarby Sjöstad, sur le lac Hammarby.

Le quartier devait d’abord loger les athlètes. Stockholm décide en 1996 de se porter candidate aux Jeux olympiques de 2004 et d’installer le village olympique à Hammarby Sjöstad ; le dossier exige un programme environnemental. La ville termine quatrième de la sélection, les Jeux partent à Athènes, mais le programme reste. Son objectif : diviser par deux la charge environnementale totale du quartier par rapport à un ensemble construit au début des années 1990. Le premier chantier avait commencé en 1994 au nord de l’ancien port ; la ville prévoit environ 12 700 logements sur 200 hectares, et il en reste quelque 2 000 à bâtir.

Le cœur du programme porte un nom, le modèle Hammarby : relier entre eux les réseaux de déchets, d’épuration de l’eau, de chaleur et d’électricité, et tirer l’énergie des résidus. L’objectif d’utiliser 80 % de l’énergie récupérable dans les déchets et les eaux usées est atteint, selon les analyses publiées par la ville. Environ la moitié de l’électricité et de la chaleur consommées viennent de déchets organiques et combustibles transformés en chauffage urbain et en électricité. Depuis 2003, le quartier est relié à l’usine d’épuration expérimentale de Stockholm Vatten, sur la colline d’Henriksdal. La ville prévoit 0,55 place de parking par logement, et le tramway de rocade traverse le quartier depuis août 2002.

Une partie des déchets voyage sous terre. Près de 3 000 logements sont raccordés à une collecte pneumatique exploitée par Envac : des bornes de dépôt séparent déchets alimentaires, ordures résiduelles et emballages plastiques, puis l’air pousse les sacs à environ 70 km/h dans un réseau de tuyaux jusqu’à un terminal, sans qu’un camion-benne entre dans les rues. Quand ElectriCITY a testé avec les habitants l’application Reflow, branchée sur ce réseau, le tri des plastiques a augmenté de 44 %.

Ce qui est particulier à Hammarby Sjöstad, c’est que les ambitions de la ville pour l’environnement et le climat ont été reprises par les habitants. « Deux fois mieux » est en train de se réaliser.
Allan Larsson, initiateur d’ElectriCITY Innovation
Henriksdalshamnen en hiver : immeuble orangé, roseaux et quai sur le lac gelé, janvier 2013

ElectriCITY Innovation est née en 2014 dans le quartier, à l’initiative d’Allan Larsson. Cette association sans but lucratif réunit environ quatre-vingts membres et partenaires, de KTH et RISE à la Ville de Stockholm, et vise un quartier neutre en carbone en 2030. Elle accompagne les copropriétés dans leurs travaux d’énergie et a lancé la première communauté d’énergie de Stockholm : dix des 72 copropriétés du quartier y produisent et partagent leur électricité solaire, au sein d’une communauté présidée par Ulrika Jardfelt. Le 29 octobre 2026, Allan Larsson a répondu à l’historien Håkan Forsell, qui revenait dans Dagens Nyheter sur les vingt-cinq premières années du quartier : les ambitions ont mis du temps, écrit-il, mais les habitants les ont reprises, avec une consommation de 60 à 70 kWh par mètre carré et par an au lieu de 120 à 130.

La Ville de Stockholm organise des visites d’étude d’Hammarby Sjöstad, destinées d’abord aux groupes qui étudient l’urbanisme ou y travaillent ; elles se réservent par un formulaire, en choisissant le projet, la date et l’heure. Au centre-ville, le Stockholmsrummet, sur la place Sergels torg, présente une maquette de Stockholm et ses projets urbains, ouvert tous les jours. Les quais et les rues du quartier se parcourent librement.

Oui, Håkan Forsell a raison. Ce n’a pas été « deux fois mieux » dès le départ. Les traditions des promoteurs étaient plus fortes que les visions de la ville.
Allan Larsson, initiateur d’ElectriCITY Innovation

L’initiative en chiffres

Bâti depuis 1994 sur d’anciens terrains industriels, Hammarby Sjöstad compte environ 21 000 habitants. Son programme de 1996 visait une charge environnementale divisée par deux ; l’objectif de récupérer 80 % de l’énergie des déchets et des eaux usées est atteint, et la moitié environ de l’électricité et de la chaleur du quartier vient de déchets. Depuis 2014, ses habitants prolongent la démarche avec ElectriCITY.

Photos : Arild Vågen, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0, CC BY-SA 3.0 : 1 4 5) ; Johan Jönsson (Julle), Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0 : 2 3).

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