Barcelone rend l’Eixample aux piétons
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Depuis 2016, Barcelone regroupe des pâtés de maisons en « superilles » : la voiture y cède une part de la chaussée, et les rues intérieures deviennent des places, des bancs et des plates-bandes. À Sant Antoni, 23 709 m² sont revenus aux piétons. Dans l’Eixample, quatre rues ont perdu leur asphalte, et quatre carrefours sont devenus des places d’environ 2 000 m².


Le quadrillage d’Ildefons Cerdà, dessiné au XIXᵉ siècle, a donné à l’Eixample ses îlots carrés et ses carrefours à pans coupés. Il en a aussi fait, selon la Ville, le district le plus exposé au trafic, au bruit et à la pollution, et le plus pauvre en espaces verts. L’agence BCNecologia, dirigée par Salvador Rueda, a imaginé la réponse : regrouper plusieurs îlots en une « superilla » et rendre aux piétons une part de l’espace occupé par les voitures. Son plan initial prévoyait 503 superilles dans toute la ville.
Le premier essai grandeur nature date de septembre 2016, dans le Poblenou, entre les rues Badajoz, Pallars, Llacuna et Tànger. La Ville a commencé par de la peinture, du mobilier et des arbres en bacs, des aménagements réversibles. Après les plaintes et les propositions des habitants, une commission de travail avec les associations du quartier a ajusté le plan de circulation, devenu définitif début 2017. Deux carrefours libérés sont devenus des places, avec tables de pique-nique, aires de jeux et un parcours littéraire ; la rue Almogàvers a été réaménagée en dur à partir de l’automne 2017.
À Sant Antoni, la Ville a d’abord réuni en février 2017 un groupe moteur d’habitants, de commerçants et d’associations de parents d’élèves. La première phase s’est achevée en mai 2018 autour du marché de Sant Antoni, rénové : une place de 1 800 m² et 5 000 m² d’espace piéton avec les rues voisines. Les rues Comte Borrell, Tamarit, Manso et Parlament ont suivi. Au total, 23 709 m² de chaussée sont revenus aux piétons.


En novembre 2020, la Ville a étendu le modèle à tout l’Eixample sous le nom de Superilla Barcelona : 21 « axes verts » sur 33 km et 21 places nouvelles aux croisements, soit 33,4 hectares rendus en priorité aux piétons, avec pour objectif une place ou un axe vert à 200 mètres au plus de chaque habitant. La première tranche a transformé les rues Consell de Cent, Rocafort, Comte Borrell et Girona, pour un budget annoncé de 48,2 millions d’euros. L’asphalte et les voies de circulation y ont disparu ; les véhicules des riverains et des services y roulent à 10 km/h. Les quatre carrefours de Consell de Cent avec Rocafort, Comte Borrell, Enric Granados et Girona sont devenus des places d’environ 2 000 m².
Les effets sur la santé ont été chiffrés. En 2019, l’Institut de santé globale de Barcelone (ISGlobal) a estimé, dans la revue Environment International, que les 503 superilles du plan initial éviteraient 667 décès prématurés par an, surtout par la baisse du dioxyde d’azote (de 47 à 36 µg/m³ en moyenne annuelle, soit 24 % de moins), du bruit et de la chaleur, et feraient gagner près de 200 jours d’espérance de vie par habitant. Son autrice principale, Natalie Mueller, demandait de lire ces chiffres avec prudence, la méthode ayant ses limites.
Le modèle reste disputé. Depuis septembre 2023, plusieurs jugements ont annulé des tronçons de l’axe Consell de Cent : selon les juges, la Ville aurait dû modifier le Plan général métropolitain. En mars 2025, le Tribunal supérieur de justice de Catalogne a confirmé l’annulation pour le carrefour d’Enric Granados ; la Ville a annoncé un recours et dit poursuivre la pacification des rues par la concertation. Son site présente désormais le programme Superilles au passé. Les rues restent ouvertes à tous : un groupe remonte à pied la rue Comte Borrell depuis le marché de Sant Antoni jusqu’au carrefour de Consell de Cent, et passe en quelques rues de la place du marché de 2018 aux axes verts de 2023.

La superilla de Sant Antoni a rendu 23 709 m² de chaussée aux piétons entre 2018 et 2019. Dans l’Eixample, le plan Superilla Barcelona présenté en 2020 prévoit 21 axes verts sur 33 km et 21 places, soit 33,4 hectares ; sa première tranche, budgétée à 48,2 millions d’euros, a transformé quatre rues et créé quatre places d’environ 2 000 m². Selon ISGlobal (2019), les 503 superilles du plan initial éviteraient 667 décès prématurés par an et réduiraient de 24 % le dioxyde d’azote.
Photos : Cataleirxs, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0 : 1 2 3 4 5).
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