La poubelle noire vidée toutes les trois semaines

Ljubljana trie près de 70 % de ses déchets et cherche encore où brûler le reste

“

LIEU(x)
Ljubljana, Slovénie
auteur
Rédaction in:Expeditions

En 2013, Snaga, l’entreprise publique des déchets de Ljubljana, a espacé le ramassage des ordures résiduelles et montré aux journalistes que les bacs qui débordaient étaient pleins de déchets recyclables. Un an plus tard, la ville renonçait à son projet d’incinérateur et adoptait une stratégie zéro déchet. Elle trie aujourd’hui 68,3 % de ses déchets, un taux qui ne progresse plus, et peine à écouler le combustible tiré de ce qui reste.

concevez avec Agent A\lex
Conteneurs enterrés dans une rue du centre de Ljubljana, mai 2023.Bornes de tri sur le quai Breg, juillet 2025.

En 2002, Ljubljana commence à trier : papier, verre et emballages vont dans des « îlots écologiques » au bord des rues, le reste est ramassé devant les maisons. En 2006, Snaga, l’entreprise publique qui collecte les déchets de la capitale et de dix communes voisines, y ajoute les biodéchets. Les habitants boudent les nouveaux bacs, faute d’explications. Le pays prévoit deux incinérateurs ; le premier, à Kidričevo, est abandonné en 2005 face aux riverains. La décharge de Barje, au sud de la ville, se remplit. En 2012, Ljubljana annonce à son tour un incinérateur raccordé au chauffage urbain, alors qu’elle recycle déjà 45 % de ses déchets.

Snaga essaie d’abord autre chose à Brezovica, une petite commune de la périphérie, en 2011 : le papier et les emballages y sont ramassés à la porte, comme les biodéchets. En quelques mois, le recyclage des emballages triple et les ordures résiduelles baissent de 29 %. Le système gagne Ljubljana. En 2013, Snaga prend la décision qui fâche : dans les quartiers de maisons individuelles, la poubelle noire n’est plus vidée qu’une fois toutes les trois semaines, tandis que les bacs de tri et de biodéchets gardent leur rythme. Les plaintes affluent, les bacs noirs débordent. Snaga organise alors une visite pour les journalistes : les bacs noirs sont remplis de déchets recyclables, et une fois ceux-ci retirés, ce qui relève vraiment de la poubelle noire tient dans un volume bien plus petit. La presse locale et nationale se met à relayer l’appel au tri. En novembre 2013, la collecte séparée atteint 55 %.

Le tarif suit la même logique. Dans le centre, Snaga enterre ses conteneurs à partir de 2012 : ceux du tri restent ouverts à tous, ceux des biodéchets et des ordures résiduelles s’ouvrent avec une carte remise gratuitement à chaque habitant, qui compte les sacs déposés. Selon la BERD, un bac d’ordures résiduelles coûte six fois plus cher qu’un bac de biodéchets. En 2018, un ménage de Ljubljana payait en moyenne 8,20 euros par mois pour ses déchets, quand la moyenne slovène s’élevait à 150 euros par an. Entre-temps, en septembre 2014, la ville a renoncé à l’incinérateur et adopté une stratégie zéro déchet. Elle devient la première capitale du réseau Zero Waste Europe, puis Capitale verte de l’Europe en 2016, seule finaliste sans incinérateur ni projet d’en construire un.

Malheureusement, des systèmes plus développés n’apportent pas des prix plus bas.
Janko Kramžar, alors directeur de Snaga
Le quai Gallus au-dessus de la Ljubljanica, terrasses et balcons fleuris, juin 2024

En 2018, d’après l’étude de cas de Zero Waste Europe, un habitant produisait 358 kg de déchets par an, 31 % de moins que la moyenne européenne, et 68 % étaient recyclés ou compostés ; la mise en décharge avait baissé de 95 % depuis 2004. Le premier centre de réemploi, ouvert fin 2013, voyait 75 objets changer de main chaque jour à la mi-2014, et 150 en 2018. Depuis, la courbe s’est aplatie. Le rapport annuel 2024 de Voka Snaga, nom actuel de l’entreprise, qui gère aussi l’eau, donne 68,3 % de collecte séparée en 2024, contre 70,4 % en 2023, sous l’objectif de 69 % fixé pour l’année et loin des 78 % visés pour 2025. Chaque habitant jette encore 112 kg d’ordures ménagères résiduelles par an ; la stratégie en visait 60 pour 2025.

Ce qui n’est pas trié part au RCERO, le centre régional de traitement bâti sur le site de Barje pour 155 millions d’euros, avec le Fonds de cohésion européen, l’État et la ville. Depuis novembre 2015, ses installations mécaniques et biologiques extraient le papier, les plastiques et les métaux des ordures, et transforment les biodéchets en biogaz et en compost. Le 20 mars 2024, le centre a franchi le cap du million de tonnes d’ordures traitées ; Voka Snaga se réjouissait de l’avoir atteint le plus tard possible, grâce au tri. En 2024, il a reçu les déchets de 56 communes : 13 710 tonnes de matières récupérées, 2 296 tonnes de compost livrées, 24 856 tonnes enfouies et 79 380 tonnes transformées en combustible. Ce combustible est le point faible du modèle. Le rapport décrit pour 2024 un manque critique de capacités pour le brûler et une forte hausse des prix demandés pour le reprendre. En 2017 déjà, Janko Kramžar, alors directeur de Snaga, expliquait au quotidien Delo payer de 60 à 90 euros la tonne pour le fabriquer, en espérant qu’il se vendrait dans dix ou quinze ans, quand l’énergie serait plus chère. Voka Snaga étudie aujourd’hui avec Energetika Ljubljana un projet de chaleur et d’électricité tirées des déchets, baptisé TEO.

Le RCERO se trouve au 101, Cesta dveh cesarjev, au sud du centre. Voka Snaga y organise des journées portes ouvertes, avec une visite guidée toutes les heures, casques et gilets fournis ; les groupes de plus de dix personnes s’annoncent à l’avance. Une visite à une autre date, ou une rencontre avec l’équipe chargée de la stratégie zéro déchet, reste à demander. En ville, une équipe peut voir les conteneurs enterrés du centre historique et les bacs de couleur des maisons. Pour un comité de direction, Ljubljana met trois questions sur la table : comment un tarif change un geste quotidien, ce que coûte la transparence quand un service impopulaire est contesté, et ce qu’on fait de la part qui ne se recycle pas.

L’initiative en chiffres

La collecte séparée de Ljubljana est passée de 55 % fin 2013 à 68,3 % en 2024 (Voka Snaga, rapport annuel 2024). En 2018, la mise en décharge avait baissé de 95 % depuis 2004 (Zero Waste Europe). Le centre RCERO a traité sa millionième tonne d’ordures le 20 mars 2024.

Photos : Miha Peče, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0 : 1) ; John Samuel, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0 : 2) ; Antimuonium, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0 : 3) ; Viktar Palstsiuk, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0 : 4) ; Ajznponar, Wikimedia Commons (CC0 : 5).

Envie de rencontrer ces acteurs avec votre équipe ? in:Expeditions conçoit des learning expeditions sur mesure autour de terrains comme celui-ci.

Préparer une learning expedition
Ou concevez-la vous-même avec Agent A\lex →Qu’est-ce qu’une learning expedition ? →Learning expedition : Vienne, la ville propriétaire →