L’intelligence collective en ligne

JOGL décloisonne la recherche

LIEU(x)
Boston, Massachusetts
article
Coralie Custos-Quatreville
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En 2019, naissait le plus grand laboratoire dématérialisé jamais conçu. Un an plus tard, en pleine crise du coronavirus, des milliers de chercheurs, interconnectés, mettaient à contribution leurs connaissances pour élaborer à distance, des solutions technologiques inédites.

Ils sont bio-hackers, makers, ingénieurs, chercheurs, étudiants ou encore retraités. Depuis leurs bureaux de Johannesburg, leurs salons à Hanoï ou leurs chambres de bonne à Paris, ils exploitent sans relâche, et à des heures décalées, le flot de données disponible pour étudier le nouveau virus. Leurs objectifs sont communs : modéliser la progression de l’épidémie mondiale à différentes échelles, prédire ses taux de propagation et imaginer des solutions aux pénuries de matériel médical. Pour ce faire, deux cliques et un acronyme : JOGL, Just One Giant Lab.

Tout part d’une hypothèse de départ, celle de Thomas Landrain, l’un des cofondateurs, lui-même biologiste. « J’ai été amené à observer le phénomène fabuleux des créations de communautés apprenantes et de constater leurs réalisations en plusieurs points du globe. La preuve de concept étant réalisée ici, à Paris, mais aussi dans plusieurs laboratoires américains comme au MIT, je me suis demandé si on ne pouvait pas aller plus loin dans la démarche en imaginant un laboratoire géant, sans cloison, sans frontière, sans délimitation géographique. »

Pour innover, il a fallu décloisonner ce cadre trop rigide.
Thomas Landrain, Co-fondateur de JoGL

Sans droit de regard sur leurs parcours, ni leurs CV, et en écartant tous les biais sociaux et économiques, ils développent un laboratoire en ligne capable d’interconnecter des citoyens volontaires. “Le seul et unique moteur vient pour nous de la motivation de vouloir résoudre à plusieurs un problème commun.” Un membre JOGL doit garder en tête que chaque réponse à une problématique spécifique peut avoir de l’écho dans le quotidien d’un autre membre de la communauté.” Pour le biologiste cofondateur, le principe est simple : “si le sujet d’un citoyen parle à un autre de la communauté, il peut vous aider, participer, approfondir avec vous la thématique. C’est sur ce paradigme que repose, chez nous, l’idée du collectif.”

Encore en phase de prototypage à l’hiver 2020, le contexte épidémiologique débuté à Wuhan en mars 2020 a nettement accéléré le développement du laboratoire. “Avant, lorsque nous pitchions le projet a de potentiels investisseurs, partenaires financiers ou même institutionnels, la plupart des gens voyaient peu l’applicabilité réelle d’un tel espace en ligne. Je pense que c’était trop abstrait, trop complexe à imaginer. À l’heure du confinement, lorsque nous avons tous fait l’expérience du confinement, que nous savons que le distanciel peut redevenir à tout moment une réalité, nous comprenons l’intérêt de savoir nouer le contact, travailler, collaborer à distance” souligne Thomas Landrain.

La seule motivation est de vouloir résoudre à plusieurs un problème commun.
Thomas Landrain
L’intelligence collective en ligne

Utile et efficace, en l’espace de trois mois, le laboratoire multiplie par 10 le nombre de contributeurs sur sa plateforme. “Nous sommes passés d’une petite centaine de personnes à plus de 3000 contributeurs dans le monde entier. En 1 an, nous avons explosé les scores avec de multiples prototypes Covid qui répondaient à des spécificités de terrain et à des cahiers des charges.” Et pour cause. Des chercheurs de New York ont répondu à des problématiques à Johannesburg et des citoyens experts dans leur domaine aux Philippines ont conçu des solutions pour d’autres individus au Sénégal. “ Avec tout cela, nous nous sommes rendus compte que la force du collectif reposait sur notre capacité à savoir nous entendre malgré nos différences. Notre plus grande fierté est de pouvoir connecter des personnes volontaires qui n’avaient jusqu’ici pas trouvé d’espace commun pour discuter.”

Financé par la Fondation Axa pour la recherche à hauteur de trois cent mille euros la première année, JOGL parvient à se développer. “La Fondation a compris que le monde dans lequel nous vivions aujourd’hui était éminemment complexe et qu’il fallait créer des espaces possibles au sein desquels des gens de la société civile, experts ou non, pourraient contribuer à l’élan et à l’effort collectif. En choisissant de nous soutenir, ils ne soutiennent pas qu’un laboratoire de recherche, ils sont à l’origine de l’éclosion de centaines de projets, plus ou moins naissants, plus ou moins aboutis, plus moins scallables et qui ont une grande chance de se voir développer une solution d’avenir” renchérit le cofondateur.

Nous ouvrons une troisième voie, où tout n’est pas basé que sur la rentabilité économique.
Thomas Landrain

Avec l’intelligence collective et le système de notifications par les pairs, la communauté se régule d’elle-même et choisit avec ses propres critères de retenir les projets qui valent la peine d’être consolidés et de voir le jour. Contrairement au modèle classique, ce n’est plus le partenaire financier qui sélectionne avec son biais performatif, mais bien le collectif qui choisit ce qui vaut la peine d’être résolu par rapport à l’urgence d’un contexte ou la reproductibilité potentielle d’un projet à grande échelle. Ce changement de paradigme a été conséquent dans la manière d’approcher les partenaires qui ont suivi. “Nous sommes convaincus que nous ouvrons une troisième voie, où tout n’est pas basé que sur la rentabilité économique.

L’impact positif de l’initiative en chiffres :

JoGL compte déjà 8500 membres dans plus de 100 pays et à déjà initié plus de 100 projets de recherche participative.

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